Thèses sur le mouvement de construction du Parti au Canada

This is a French translation of our document “Theses on the Party Building Movement in Canada” from the Spring of 2008.

Printemps 2008 – Organe dirigeant de Revolutionary Initiative

Introduction

Le prolétariat canadien a besoin d’un véritable Parti communiste. Depuis plus d’un demi-siècle, le prolétariat se retrouve sans véritable parti d’avant-garde. Il a été désarmé, pacifié, et induit en erreur par le révisionnisme, la social-démocratie, le trotskysme, l’anarchisme et autres tendances contre-révolutionnaires qui ont empêché le développement d’un véritable mouvement révolutionnaire pour renverser le capitalisme monopolistique. Afin de construire ce mouvement ainsi que la capacité de lutter du prolétariat, nous avons besoin d’un parti. Ce parti devra prendre racine dans la lutte et être guidé par la forme la plus avancée de l’idéologie prolétarienne, nommément : le marxisme-léninisme-maoïsme.

Un tel parti ne germera pas spontanément hors du terreau, ni ne tombera du ciel. Celui-ci ne peut se construire que par un processus de lutte politique et idéologique ardue. Par la présente, Revolutionary Initiative a pour objectif d’avancer ce processus en mettant de l’avant son point de vue sur la situation nationale et internationale, la stratégie et la tactique afin de faire la révolution au Canada, ainsi que les méthodes correctes pour construire un véritable parti communiste au Canada. Nous faisons ceci dans le but de construire une unité plus grande avec tous les révolutionnaires prolétariens au Canada ainsi que d’avancer le mouvement de construction du Parti.

Thèses sur le contexte international de la révolution au Canada.

Les révolutions ne se produisent pas sans contexte. Alors que chaque révolution est, ultimement, un produit des contradictions internes d’une société donnée, les contradictions internationales peuvent avoir un profond effet sur la dynamique interne de celle-ci. Chaque étape de l’Histoire à ses caractéristiques spécifiques qui lui sont uniques et dont l’on doit tenir compte dans l’élaboration de notre stratégie et de notre tactique. Les leçons tirées des précédents mouvements révolutionnaires, autant ici qu’ailleurs, sont d’une importance capitale.

Bien que le capitalisme avait déjà atteint le stade suprême de développement, l’impérialisme, qu’il ne peut dépasser; la présente phase de l’impérialisme possède des caractéristiques spécifiques qui la distinguent de l’impérialisme tel que théorisé par Lénine. Les puissances impérialistes de l’époque de Lénine étaient dans une période de croissance, ayant transformé le reste du monde en colonies et semi-colonies et se l’étant séparé. Bien que leurs taux de profits étaient déjà plus bas que durant l’ère du capitalisme de compétition, cela était aisément compensé par la rapidité de l’innovation technologique ainsi que les surprofits extraits des colonies du tiers-monde. Les impérialistes étaient alors capables de corrompre la strate la plus élevée de la classe ouvrière dans leurs propres pays, achetant ainsi la paix sociale et détournant la lutte des classes vers le réformisme opportuniste et le social-chauvinisme.

Depuis, l’impérialisme a atteint une nouvelle phase de son développement, une de déclin stratégique. Les nations opprimées se sont intégrées dans le processus historique mondial du capitalisme impérialiste, ayant accès à des armes modernes et développant une résistance organisée plus sophistiquée ainsi qu’une conscience nationale qui refuse la domination. La décolonisation formelle a créé un certain nombre de puissances capitalistes secondaires, tandis que dans les autres anciennes colonies une forme de semi-colonialisme / semi-féodalisme demeure. Cela a pour effet une augmentation, autant absolue que relative, de l’importance du prolétariat à l’échelle internationale ainsi qu’une unité plus grande entre les classes travailleuses prolétariennes et non-prolétariennes. L’expansion des mouvements de libération nationale et la décolonisation formelle depuis la seconde guerre iner-impérialiste a rendu extrêmement difficile pour les impérialistes de maintenir des colonies formelles, excepté, peut-être, dans les pays les plus petits. Alors qu’elles furent auparavant capables du subjuguer des continents entiers; aujourd’hui, les puissances impérialistes se montrent incapables de tenir ne serait-ce que les quelques kilomètres d’autoroute qui séparent, en Irak, la zone verte de l’aéroport international de Bagdad ou d’empêcher l’avance des mouvements de libération nationale au Népal, aux Philippines ou en Inde. Les avancées de ces derniers mouvements et des autres qui composent la deuxième vague de mouvements de libération nationale vont continuer d’affaiblir l’impérialisme, alors que des sections entières du monde se retrouveront coupées de l’exploitation impérialiste et de la division internationale du travail.

Ayant atteint les limites de son expansion une fois la reconstruction de la dévastation causée par la Deuxième Guerre mondiale terminée, l’impérialisme, depuis les années 1970, est resté stagnant. Afin de maintenir des taux de profits même relativement bas ainsi que de stabiliser le système, les impérialistes ont été contraints d’adopter de nouvelles mesures. Contrairement à ce que laisse penser la rhétorique libre-échangiste et anti-interventionniste néolibérale, la présent phase a vu la fusion du capital financier et du capital d’état, avec l’usage extensif de la planification d’état ainsi que l’intervention systématique dans tous les secteurs névralgiques de l’économie, afin de déplacer ou de minimiser la crise. Les impérialistes ont cherché à intensifier leur exploitation du prolétariat par la perfection des techniques scientifiques appliquées à la production, par le « post-fordisme », les systèmes de livraison « just-in-time » et autres, ainsi qu’en lançant une attaque sur le «Grand Compromis » de l’Etat providence et en réduisant les filets sociaux. Pour prévenir une crise de surproduction, ils ont créé une nouvelle forme de consommation de masse à l’intérieur de leurs frontières, avec une emphase croissante sur la consommation individualisée, ainsi que le recours au marketing ciblé basé sur l’identité qui joue maintenant un rôle crucial dans l’économie. L’économie a de plus été grandement financiarisée par l’intermédiaire de la bourse et du marché des obligations, augmentant le contrôle du capital financier sur l’économie entière, tout en diminuant la capacité productive de l’économie « réelle ». Cela a favorisé l’augmentation du phénomène des bulles économiques spéculatives, hautement instables, dont les dernières en date sont la bulle spéculative immobilière, précédée par la bulle des compagnies .com; ainsi que des variations imprévisibles de la valeur des marchandises et des monnaies, du fait que la spéculation financière déforme le système capitaliste dans son entièreté. Ces bulles spéculatives, auparavant phénomène assez rare, sont maintenant encouragées par l’état comme le seul moyen pour la bourgeoisie monopoliste d’absorber les pertes causées par la bulle précédente.

Cette quatrième phase de l’impérialisme – qui pourrait être en transition vers une cinquième phase – est caractérisé par l’accentuation des contradictions à de multiples niveaux, incluant entre les puissances impérialistes elles-mêmes. L’unité entre les membres de la Triade (U.S.A., Union européenne, Japon) est de plus en plus mise à l’épreuve, de même que l’unité des diverses puissances impérialistes avec les pays impérialistes de second niveau qui sont dans leur camp. Les contradictions entre la Triade et l’Organisation de coopération de Shanghai s’accentuent elles aussi, la Russie et la Chine se montrant de plus en plus résistantes à l’expansionnisme de l’OTAN.

La Chine, plus particulièrement, renforce son empire, étendant son influence et son exploitation en Afrique et en Amérique latine, jusqu’à concurrencer à armes égales l’impérialisme américain et européen. L’équilibre changeant entre les différentes puissances impérialistes est en train de conduire à un inévitable repartage du monde entre ces dernières; repartage ne pouvant s’effectuer que par l’intermédiaire de « guerres par procuration » et / ou d’une guerre inter-impérialiste directe.

L’offensive lancée par les impérialistes contre le prolétariat, celle à l’intérieur comme celle menée à l’extérieur de leurs frontières nationales, commence à atteindre ses limites. Alors que la présente phase a été dominée par une seule puissance impérialiste, les États-Unis, celle-ci commence à s’essouffler, subissant des revers imprévus dans ses aventures militaires ainsi que des crises économiques d’une importance croissante sur son propre territoire. L’assaut sur le « Grand Compromis » dans les pays impérialistes a érodé l’aristocratie ouvrière et commence lui-aussi à atteindre ses limites. L’intégration forcée des pays du « deuxième monde » et du « troisième monde » au marché impérialiste mondial sous la bannière du libre-échange, de la dérégulation et de la privatisation commence aussi à atteindre ses limites, un nombre croissant de nations opprimées se détournant des dictats du FMI et de la Banque mondiale et affirmant leur souveraineté nationale.

Ces changements dans les conditions objectives a encouragé, dans les pays impérialistes, la revigoration du mouvement ouvrier dans les pays impérialistes ainsi que les mouvements de libération nationale dans les pays du « deuxième monde » et du « troisième monde ». Les mouvements pour la mise sur pied de partis révolutionnaires « dans le ventre de la bête » gagnent du terrain pour la première fois en plusieurs années. Les mouvements maoïstes atteignent des stades plus avancés, comme au Népal, aux Philippines, en Inde, ainsi que dans d’autres pays et arriveront éventuellement à briser les chaînes de l’impérialisme à leurs maillons les plus faibles.

Thèses sur le contexte national de la révolution au Canada

Bien que le Canada fasse partie intégrante de l’ordre mondial impérialiste, notre société possède tout de même sa propre dynamique interne. Il est crucial que le mouvement pour la construction du Parti se base sur une analyse juste de ce que sont les conditions objectives spécifiques ainsi que les contradictions principales de la société canadienne.

Le point d’unité le plus fondamental doit être la reconnaissance du Canada en tant que puissance impérialiste ainsi que la reconnaissance de l’état canadien en tant qu’état impérialiste. Bien qu’il soit une puissance impérialiste de deuxième ordre et qu’il travaille souvent en conjonction avec d’autre puissances impérialistes, le Canada est présentement une démocratie bourgeoise dirigée par sa propre classe dirigeante impérialiste et est indépendant des États-Unis ou de toute autre puissance impérialiste.

Par conséquent, il n’est pas nécessaire pour la révolution au Canada de passer par le stade de la « révolution démocratique ». La ligne bourgeoise de la défense de l’indépendance du Canada face aux Etats-Unis ou de la défense de « nos » intérêts nationaux doit être combattue et éliminée du mouvement prolétarien. Aussi longtemps que le Canada sera un état impérialiste, « nos » intérêts nationaux seront des intérêts impérialistes et ils devront être défaits plutôt que défendus.

Le stade actuel de notre révolution est celui de la révolution socialiste, dirigée contre le capitalisme monopoliste d’état et avec le prolétariat en tant que force principale et que force dirigeante. Lors de la prise du pouvoir, le prolétariat devra établir la dictature du prolétariat et procéder immédiatement à la construction du nouvel ordre socialiste qui mènera la révolution de façon ininterrompue afin d’éliminer tous les rapports sociaux capitalistes jusqu’à l’avènement du communisme.

Pour faire la révolution dans les conditions d’un pays impérialiste, il est aussi nécessaire de reconnaître que le prolétariat ne constitue pas un groupe homogène. L’impérialisme a créé une division à l’intérieur du prolétariat, entre la masse principale du prolétariat et l’aristocratie ouvrière. L’aristocratie ouvrière comprend entre autres les dirigeant-e-s des syndicats et la bureaucratie syndicale, les travailleurs de l’industrie de l’armement, les ONGs subventionnées par les impérialistes et forme la base du NPD. C’est l’aristocratie ouvrière, présentement, qui contrôle presque complètement le mouvement ouvrier et infecte la classe ouvrière avec l’idéologie impérialiste. Il sera donc d’une absolue nécessité de répudier l’aristocratie ouvrière, d’exposer son rôle en tant qu’agent de la bourgeoisie impérialiste à l’intérieur du mouvement ouvrier et de regagner le prolétariat à la cause de la révolution.

L’impérialisme a aussi stratifié le prolétariat. La strate inférieure est composée des prolétaires qui subissent fréquemment le chômage de longue durée ou des conditions d’emploi précaires, des bas salaires, un bas taux de syndicalisation, ainsi qu’un taux élevé d’accidents de travail et de maladie mentale. Ce sont les « travailleurs jetables », les plus exploités par le système impérialiste. Cette strate inférieure est majoritairement constituée par les jeunes, les femmes, les minorités nationales et les Premières Nations. La strate supérieure, elle, est composée par la section du prolétariat à laquelle la bourgeoisie a accordé des salaires relativement élevés, des emplois stables et de haut taux de syndicalisation. C’est cette strate qui est la plus susceptible d’être influencée par les aspirations petite-bourgeoises, le chauvinisme racial et national et autres formes de l’idéologie bourgeoise.

Le second facteur fondamental de la révolution au Canada est la question nationale. Le Canada est un pays multinational à l’intérieur duquel se retrouvent des nations dominantes et des nations opprimées. Ces nations ne pourront être libérées que par le renversement de la bourgeoisie impérialiste et l’établissement d’une société nouvelle, qui verra à l’éradication de toutes les formes de chauvinisme national. Au Canada, la principale nation dominante est la Nation canadienne anglaise, secondée par la Nation canadienne française.

Bien que la Nation canadienne française ait historiquement été une nation opprimée, ce n’est maintenant plus le cas. Celle-ci ne subit plus d’oppression coloniale ou semi-coloniale par le Canada anglais et a développé un état fort, ainsi qu’implémenté complètement la démocratie bourgeoise. Sa classe dirigeante, avec le temps, s’est transformée d’une bourgeoisie compradore à une bourgeoisie impérialiste. Ainsi, un Québec indépendant n’amènerait rien de plus pour le prolétariat d’aucune des nations du Canada. Au contraire, celui-ci servirait plutôt d’instrument afin de forcer le prolétariat, autant celui du Québec que celui du reste du Canada, à faire des concessions et constituerait un nouvel état impérialiste sur la scène internationale.

La majeure partie des populations aborigènes constituent l’ensemble des nations opprimées au Canada. Celles-ci ont subi le génocide, la violence, l’exploitation et les politiques d’assimilation du colonialisme européen et le chauvinisme de grande nation qui, encore aujourd’hui, continuent de violer les droits fondamentaux des peuples aborigènes, ainsi que ceux garantis par les traités. Les peuples aborigènes qui sont des groupes ethniques plutôt que des nations doivent pouvoir jouir de droits politiques, sociaux et culturels égaux, ainsi qu’être libérés du joug du chauvinisme ethnique. Ceux qui constituent des nations opprimées doivent avoir le droit à l’autodétermination, jusqu’à la sécession. Cette lutte ne devrait pas être considérée comme étant séparée du mouvement révolutionnaire général, mais plutôt comme en étant une partie intégrante, avec ses propres caractéristiques et ses stades spécifiques de développement. Alors que le prolétariat des nations anglaises et françaises ainsi que celui des groupes ethniques minoritaires sera engagé dans la lutte pour le socialisme, les nations aborigènes seront de plus engagées dans une lutte pour leur libération nationale. Chaque avancée dans les luttes de libération des nations aborigènes aura pour effet d’affaiblir et de démanteler un peu plus l’état impérialiste canadien, alors que la force grandissante de la lutte du prolétariat pour le socialisme créera les conditions objectives requises pour l’abolition définitive du chauvinisme national et du colonialisme interne de la société canadienne. Le prolétariat doit développer l’unité la plus grande possible avec les mouvements de libération aborigènes et gagner les révolutionnaires aborigènes à joindre l’avant-garde communiste afin de développer un puissant front-uni contre leur ennemi commun, la bourgeoisie impérialiste canadienne. Ceci constitue une condition sine qua none de la transformation sociale du Canada, car, aussi longtemps qu’il y aura des nations opprimées sur le territoire canadien, on ne pourra atteindre le socialisme.

En plus de ces problèmes principaux qui traversent la société canadienne, il existe aussi diverses luttes sectorielles. Un secteur est composé d’un groupe doté d’un intérêt commun. Les luttes basées sur le genre, le statut de minorité sexuelle, l’ethnicité, les handicaps, l’éducation – pour n’en nommer que quelques unes – ne sont pas neutres par rapport à la question des classes et affectent chaque classe différemment. Ce sont des axes de lutte importants et ils joueront un rôle significatif en ce qui concerne l’organisation des masses. Ce sont des luttes que le prolétariat doit diriger.

Thèses sur la stratégie et la tactique

La lutte des masses

Afin de faire la révolution, il est nécessaire d’adopter une stratégie correcte et des tactiques appropriées aux conditions objectives ainsi qu’au stade de développement du mouvement révolutionnaire. Pour la période actuelle, la forme principale de lutte est la lutte de masse révolutionnaire ainsi que la construction d’un mouvement de masse. Les masses doivent être organisées, mobilisées, formées pour l’action politique indépendante des partis et organisations de la bourgeoisie et de l’aristocratie ouvrière. Elles doivent être gagnées à la direction de l’organisation révolutionnaire prolétarienne. Cela nécessitera un large et intense travail de masse mené par les révolutionnaires prolétariens parmi les masses ainsi que le développement de « courroies de transmission » entre l’organisation révolutionnaire prolétarienne et celles-ci. De nouvelles organisations de masse devront être créées et développées autour de chaque lutte appropriée. Elles serviront à lier l’organisation révolutionnaire prolétarienne aux masses travailleuses. Les organisations de masse existantes doivent être gagnées à la direction de l’avant-garde par la création de noyaux prolétariens à l’intérieur de celles-ci. Ces noyaux formeront la base qui permettra par la suite d’en gagner le membership entier. En ce qui concerne la scène culturelle, la lutte révolutionnaire doit aussi y avoir lieu, par le développement d’une véritable culture prolétarienne.

La lutte de masse doit réussir à gagner de vastes sections du prolétariat à la direction de l’avant-garde prolétarienne en exposant constamment, en ébranlant et, éventuellement, en délogeant les forces de la social-démocratie du mouvement ouvrier. Les formes exactes que prendra la lutte de masse révolutionnaire ne peuvent être prédites et l’organisation révolutionnaire prolétarienne devra donc être en mesure d’utiliser toutes les formes de lutte qui s’avèrent efficaces.

La lutte électorale

La seconde forme de lutte appropriée au stade actuel est la lutte électorale. Elle constitue une forme de lutte secondaire car, elle sera un produit de – et sera subordonnée aux – intérêts de la lutte de masse révolutionnaire. Alors que le parti communiste ne doit pas se présenter directement aux élections, il est crucial que l’avant-garde fasse usage des fronts parlementaires afin d’utiliser le parlement en tant que tribune afin de dénoncer le système, de mettre de l’avant les justes demandes du peuple, afin à la fois de forcer la bourgeoisie à faire des concessions, ainsi que de prouver aux masses les limitations inhérentes à la légalité bourgeoise.

Deux lignes erronées ont présentement cours, à l’intérieur du mouvement ouvrier, en ce qui concerne l’usage du parlement. La première est la ligne révisionniste de droite qui considère le parlement comme étant le terrain de lutte principal et qui sous-évalue ou nie le rôle de la lutte extra-parlementaire. Cette ligne est en fait pareille à la ligne révisionniste de Khrouchtchev, selon laquelle il serait possible d’effectuer un passage pacifique au socialisme en gagnant la majorité au parlement, sans la lutte révolutionnaire des masses ni le renversement violent de l’état bourgeois. Dans le moins pire des cas, cette ligne opportuniste a pour effet le désarmement du prolétariat et sa subordination à la légalité bourgeoise ainsi que la transformation du parti révolutionnaire en un simple bloc électoral, quémandant des miettes à la bourgeoisie. Dans le pire des cas, cela expose le mouvement du prolétariat au massacre, comme ce fut le cas en Indonésie et au Chili.

La seconde ligne erronée est la ligne ultragauchiste qui rejette au niveau du principe la participation du mouvement révolutionnaire à la lutte électorale. Alors qu’elle effectue une rupture correcte avec la ligne opportuniste de droite des révisionnistes, celle-ci dépeint de façon caricaturale la lutte parlementaire et va à l’avant de la volonté des masses en prônant le boycott total du parlement. Bien que plusieurs prolétaires ne votent pas, cela ne signifie pas un rejet complet de la légalité bourgeoise, ou même de la lutte parlementaire. Ultimement, cette ligne (de gauche dans sa forme, mais de droite dans son essence) ne peut seulement que bénéficier à la bourgeoisie, car elle prive le prolétariat d’une tribune vitale et le coupe d’un terrain de lutte, laissant ce dernier aux mains des révisionnistes et des social-démocrates qui récolteront alors les fruits du développement du mouvement révolutionnaire.

La lutte armée

Si puissantes soient-elles, les formes de lutte mentionnées plus haut ne pourront, à elles seules, renverser le capitalisme monopolistique. Elles ne constituent que le stade préparatoire au cours duquel le prolétariat accumule ses forces en vue de la lutte décisive – la lutte armée. Le mouvement de masse révolutionnaire se développera plus avant et se radicalisera, passant de la lutte économique à la lutte politique pour le pouvoir d’état, probablement après qu’une coûteuse guerre inter-impérialiste aura exposé les masses à la dure réalité du système impérialiste. Dans le contexte d’un pays capitaliste avancé, cela veut dire qu’il devra y avoir une insurrection armée des masses suivie par une période de guerre civile. Une telle insurrection ne se produira pas spontanément, ni sans être soigneusement préparée. Elle ne se produira pas non plus en un seul jour. Alors que le mouvement grossira et se radicalisera de plus en plus, il deviendra nécessaire pour les travailleur-euse-s de se défendre contre les attaques de l’état et de ses agents par la force des armes. Les travailleur-euse-s devront être organisé-e-s dans des organisations de masse armées clandestines et entraîné-e-s à la lutte armée. Combinées à un travail révolutionnaire effectué à l’intérieur de l’armée bourgeoise destiné à entraîner la défection de soldats professionnels pour le camp du prolétariat, ces organisations de masse armées joueront un rôle clé dans le renversement de l’état bourgeois. Le mouvement de masse devra donc être gagné à la lutte armée, à lancer une insurrection contre l’état bourgeois afin de prendre le pouvoir sur le territoire le plus large possible à l’intérieur du Canada, ainsi qu’à poursuivre la guerre civile révolutionnaire et éventuellement la guerre contre toute intervention extérieure jusqu’à la victoire finale du nouvel état prolétarien.

Le Front-Uni

Bien qu’il soit une classe puissante, le prolétariat en faisant cavalier seul. Afin de construire le mouvement révolutionnaire au Canada, le prolétariat révolutionnaire doit se rallier tous ses alliés potentiels de façon à isoler le plus possible la bourgeoisie monopoliste. Pour ce faire, l’organisation révolutionnaire prolétarienne devra apprendre à manier l’arme du front-uni – s’unir avec d’autres classes sans tomber dans le piège du liquidationisme. Il faut, bien sûr, distinguer le front-uni des coalitions entre les organisations de masse ou autres.

Le front-uni doit toujours être organisé suivant une ligne révolutionnaire, avec le prolétariat comme base et comme force principale. Le prolétariat doit toujours y garder son indépendance et ne jamais laisser le front-uni être dirigé par l’intérêt des autres classes, ni accepter que la ligne qui sépare les organisations prolétariennes des organisations non-prolétariennes ne devienne floue. Une fois gagnée à la direction du prolétariat, la moyenne bourgeoisie non-impérialiste contribuera au front-uni en tant que force positive. Ce front-uni sera ensuite en mesure d’utiliser toutes les contradictions afin de diviser la bourgeoisie impérialiste, affaiblissant et isolant l’entièreté de la classe ennemie en en ciblant la fraction qui exerce le pouvoir d’état.

L’internationalisme prolétarien

En tant que révolutionnaires prolétariens dans un pays impérialiste, il est de notre devoir absolu de pratiquer l’internationalisme prolétarien. L’intérêt le plus fondamental du prolétariat international est la destruction de son ennemi principal : l’impérialisme. Nous avons donc comme tâche principale d’oblitérer l’impérialisme canadien de la scène mondiale en faisant la révolution dans notre propre pays. Le nouvel état révolutionnaire devra ensuite supporter les mouvements révolutionnaires des autre pays, entreprendre la réparation des dommages infligés au reste du monde par l’ordre social ancien et agir dans le but de freiner les puissances impérialistes.

Il est cependant peu probable que la première rupture dans la chaîne impérialiste s’effectue là où celle-ci est la plus forte. Celle-ci aura plutôt tendance à se briser tout d’abord à ses maillons les plus faibles, c’est-à-dire là où les contradictions sont les plus exacerbées : dans les pays dominés du tiers-monde. Toute avancée révolutionnaire aura pour effet d’affaiblir notre ennemi commun, la bourgeoisie impérialiste, à l’échelle mondiale et modifiera le rapport de force existant en faveur du prolétariat. Par conséquent, notre tâche secondaire est de construire la solidarité anti-impérialiste avec les luttes de libération nationale du monde entier, surtout celles menées par des partis marxistes-léninistes-maoïstes. Cela inclut la construction de relations bilatérales et multilatérales avec tous les organisations et les partis marxistes-léninistes, et particulièrement avec les partis et organisations maoïstes. Nous devons aussi appuyer, politiquement ainsi que matériellement, les luttes de libération nationale, avec, en tête de liste, les mouvements exemplaires menés par les partis marxistes-léninistes-maoïstes. L’internationalisme prolétarien doit être construit à tous les niveaux, incluant en créant des liens entre les mouvements de masse.

La lutte idéologique

Lors de la construction du mouvement révolutionnaire, nous devrons prendre garde de ne pas tomber dans le piège petit-bourgeois de vouloir unir de façon opportuniste – sans principes – toutes les forces dites « progressistes » dans un seul et même mouvement. Il est absolument de mener une lutte idéologique déterminée contre toutes les formes d’opportunisme, plus particulièrement contre la social-démocratie, le révisionnisme moderne, le trotskysme, l’anarchisme et le nationalisme canadien. Ces tendances sont contraires aux intérêts du prolétariat, sont fondamentalement contre-révolutionnaires et doivent être exposées en tant que telles par un travail idéologique et organisationnel ardu.

Une partie de la lutte idéologique sera constituée par la construction de l’unité avec les autres forces marxistes-léninistes-maoïstes au Canada. Étant donnée l’étendue géographique de notre pays, ainsi que le bas niveau de développement du mouvement révolutionnaire, il est probable que plusieurs organisations pré-parti existeront concurremment à divers stades de développement du mouvement et dans différentes parties du Canada. Pour faire la révolution, il sera nécessaire d’unir ces forces dans un seul véritable parti communiste. Cette unité devra être construite de façon systématique et en plusieurs étape, en étant basée sur l’application du marxisme-léninisme-maoïsme aux conditions concrètes du Canada. Il sera nécessaire de comparer les différents programmes, documents, méthodes de travail et de travailler afin d’atteindre la plus grande unité possible.

Si des divergences se manifestent qui rendent la construction d’une telle unité impossible, ce sera alors aux masses de déterminer quelle ligne est juste, faisant ainsi tomber les barrières qui empêchent l’unité.

Les méthodes de travail

Faire la révolution au Canada nécessitera plus que d’avoir une idéologie correcte. Il sera aussi nécessaire d’appliquer des méthodes de travail correctes, autant à l’intérieur de l’organisation révolutionnaire que parmi les masses.

Afin d’assurer la liberté de discussion ainsi que l’unité dans l’action qui conduiront à des méthodes de travail correctes, la forme organisationnelle de l’organisation révolutionnaire devra nécessairement être celle du centralisme démocratique – la combinaison de la prise de décision démocratique avec une discipline de fer appliquée de façon consciente. La minorité doit se soumettre aux décisions de la majorité et les organes de base se soumettre aux organes dirigeants. Tous les organes dirigeants doivent être élus et leur composition doit être renouvelée de façon périodique. Sans l’application de cette forme de démocratie et de discipline, l’organisation révolutionnaire prolétarienne se retrouvera incapable de remplir son rôle en tant que direction systématique et organisée de la classe ouvrière.

Si nous voulons gagner les masses au camp de la révolution, nos méthodes de travail doivent être guidées par le principe de la ligne de masse. L’organisation révolutionnaire prolétarienne doit recueillir les idées des masses, qui sont dispersées et non-systématiques et les étudier à la lumière du prisme de l’idéologie prolétarienne pour ensuite les retourner aux masses sous la forme d’une ligne politique qui permettra l’avancement du projet révolutionnaire et de l’intérêt des masses. Il en est ainsi parce que ce sont les masses qui sont le véritable moteur de l’histoire – ce sont elles qui construiront la nouvelle société lorsqu’elles reconnaîtront, sur la base de leur expérience vécue, la nécessité de la révolution. L’organisation révolutionnaire prolétarienne doit prendre part aux luttes des masses, afin d’y apporter une idéologie scientifique et de les conduire sur le chemin de la révolution.

Pour que nos méthodes de travail puissent s’améliorer, il est d’une importance vitale que les révolutionnaires prolétariens pratiquent la critique et l’autocritique. Peu importe le niveau de notre développement politique, nous sommes tous et toutes des humains.

Nous devons nous attacher à maintenir parmi nous l’humilité révolutionnaire et la camaraderie. Nous faisons tous et toutes des erreurs dans notre travail et il est toujours possible de s’améliorer. Nous ne devons pas avoir peur de reconnaître nos propres erreurs, ni de signaler les erreurs des autres camarades ou de reconnaître nos erreurs devant les masses. Notre critique et notre autocritique doivent toujours être effectuées de façon objective, dans la camaraderie et dans le but d’améliorer notre travail. C’est seulement de cette façon que nous pourrons nous développer – autant de façon individuelle que collective.

Nos tâches immédiates

Le présent document constitue la synthèse de notre conception du marxisme-léninisme-maoïsme, tel qu’appliqué aux conditions concrètes du Canada. La construction d’un véritable parti communiste au Canada est un processus qui se déroulera en plusieurs étapes et qui n’en est, présentement, qu’à ses humbles débuts. Nous devons partir d’une compréhension claire de nos tâches immédiates, celles qui créeront une fondation solide pour la construction de notre parti révolutionnaire et du mouvement de masse.

Bien qu’il n’y ait plus, depuis plus de cinquante ans, de véritable parti révolutionnaire, la tradition révolutionnaire, elle, a toujours subsisté et nous devons la connaître. Bien que l’histoire des Bolchéviques, du Parti communiste chinois et autres soit importante, il est probable que le mouvement pour la construction du parti au Canada répète ses propres erreurs plutôt que celles de la Russie ou de la Chine. Il est donc crucial d’effectuer la synthèse de l’expérience passée du mouvement révolutionnaire canadien afin d’en tirer les leçons qui s’imposent et d’être en mesure de surmonter nos propres faiblesses. Cette synthèse doit inclure l’expérience de la construction du premier Parti communiste du Canada et sa chute aux mains du révisionnisme, ainsi que l’expérience des autres mouvements qui n’ont pas pu atteindre le stade de parti d’avant-garde.

Nous devons aussi développer une analyse correcte des conditions objectives à l’intérieur desquelles la révolution canadienne aura lieu. Nous devons développer notre analyse des classes de la société canadienne afin de se doter d’un programme pour la révolution au Canada. Cette analyse devra inclure l’histoire du développement du mode de production canadien, l’histoire du développement des contradictions de la société canadienne, ainsi que la structure de classe actuelle de la société canadienne. C’est cette analyse qui nous guidera sur la bonne voie afin de faire la révolution au Canada et qui nous permettra d’identifier de façon objective nos alliés et nos ennemis.

Les révolutionnaires prolétariens ne doivent pas attendre la formation d’un véritable parti communiste au Canada afin de s’engager dans la lutte des masses. Nous devons dès maintenant implanter le germe du travail de masse parmi les masses à l’aide de méthodes de travail correctes. Nous devrons, à chaque étape, être solidement liés aux masses. La relation entre la construction des luttes de masse et le développement de l’avant-garde est dialectique. L’une ne peut se développer sans l’autre.

Alors qu’à cette étape, il y existe probablement plusieurs organisations pré-parti ainsi que des révolutionnaires prolétariens isolés désirant construire le parti d’avant-garde, il devra éventuellement n’y avoir qu’un seul véritable parti communiste au Canada. Toutes les forces marxiste-léninistes-maoïstes au Canada doivent se rassembler afin d’entreprendre le débat, de façon systématique et en plusieurs étapes, en vue d’atteindre l’unité. Ce processus doit s’accomplir en étant guidé par les principes de l’égalité et du respect mutuel, sans égard à la grosseur des organisations impliquées, car l’importance numérique ne garantit en aucun cas la justesse de la ligne sur quelle question que ce soit.

En avant avec le mouvement de construction du Parti au Canada !

Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !

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